Partager l'article ! Produits chimiques : REACH: Equilibre entre santé et productivité REACH pourrait permettre d’identifier et d’&e ...
Equilibre entre santé et productivité
REACH pourrait permettre d’identifier et d’éliminer petit à petit les substances les plus nocives. Au détriment de la santé économique de l’industrie chimique belge ?
Entre 1930 et 2000, la production mondiale annuelle de produits chimiques est passée de 1 million à 400 millions de tonnes. Parmi ces produits, il y en a beaucoup qui ont apporté des avantages considérables à notre société, notamment en terme de progrès technologique. Malheureusement, d’autres mettent en danger l’homme et la vie sauvage, et nous manquons d’informations sur leurs effets à long terme. En effet, il n’y a que pour 14% des substances chimiques les plus souvent utilisées qu’il existe des données minimales publiquement disponibles suffisantes pour effectuer une évaluation de sécurité ! C’est pour remédier à cela qu’a vu le jour le projet de directive européenne REACH, en attente d’une deuxième lecture au Parlement européen. Son objectif : protéger la santé et l’environnement, tout en maintenant et en améliorant la position de l’industrie européenne. Le dossier REACH vise donc, à terme, à évaluer la nocivité de tous les produits chimiques existants et à les autoriser ou à les interdire sur le marché européen. Car il faut savoir que de nombreux produits sont en circulation aujourd’hui parce qu’on n’a pas pu prouver leur nocivité… ni leur non nocivité ! Et ils sont tout autour de nous, des pesticides aux cosmétiques, en passant par le benzène, que l’on retrouve entre autres dans les pneus de nos voitures.
L’enjeu est aussi de passer d’un réseau complexe de nombreuses lois nationales différentes à un système régulateur cohérent (une agence centrale européenne) et d’éviter, par ce fait même, une sorte de trafic des substances chimiques.
Mais si l’objectif de REACH est louable au niveau de la protection de l’homme et de l’environnement, les conséquences de cette loi pourraient bien être catastrophiques pour certaines entreprises belges et bruxelloises. Notre région compte de nombreuses PME spécialisées dans la vente de produits chimiques… mais qui n’en produisent pas ! Que se passera-t-il si l’on retire du marché les substances vendues par ces entreprises ? Un autre problème : les entreprises devront multiplier les tests pour déterminer si leurs produits sont nocifs, et s’ils s’avèrent dangereux, il faudra qu’elles les remplacent par des alternatives plus sûres. Toutes ces expériences, ces analyses, ces recherches, ont un coût très important mais difficile à chiffrer. Toutefois, certaines études réalisées font état de coûts, pour les acteurs économiques, s’élevant entre 2 et 7 milliards d’euros. Et la situation des entreprises belges risque de ne pas être des meilleures quand on sait que leurs coûts salariaux actuels par travailleur sont très élevés et que la Belgique occupe la deuxième position au classement des pays européens ayant l’imposition sur les salaires la plus lourde. Parmi les quelque 300 000 emplois que compte l’industrie chimique du royaume, il y en sans doute qui passeront à la trappe. Mais c’est peut-être la condition sine qua non pour qu’une catastrophe semblable à celle de l’amiante ne se reproduise plus jamais.
Marchal Pierre
Qu’est-ce que REACH ?
C’est l’acronyme pour Registration, Evaluation and Autorisation of Chemicals (enregistrement, évaluation et autorisation des produits chimiques) : il s’agit d’un projet de législation européenne pour le contrôle des produits chimiques.
Pour plus de renseignements sur les modalités pratiques d’enregistrement, d’évaluation et d’autorisation des produits chimiques, rendez-vous à l’adresse suivante : http://www.wwf.be/detox/fr/solution/reach.htm
Interview
Le Dr. Erwin Annys est le conseiller du département « politique d’innovation et de produits » du Fedichem, la Fédération des Industries Chimiques de Belgique (www.fedichem.be). Il estime que REACH aura des conséquences pour l’industrie chimique belge et bruxelloise, comme dans toute l’Europe d’ailleurs, mais que les conséquences exactes sont difficiles à évaluer. « Un des problèmes majeurs, c’est la durée de l’autorisation des produits : ils seront réévalués tous les 5 ans et retirés du marché si l’on découvre qu’ils sont nocifs. Or une usine ne se construit pas pour une durée aussi courte ! » Il pense également que la situation sera différente d’une entreprise à l’autre, mais que celles qui travaillent sur un plus large éventail de produits avec un tonnage relativement faible « auront plus de problèmes pour amortir les coûts additionnels » que celles qui font l’inverse. M. Annys tient cependant à préciser que l’industrie chimique belge soutient REACH, contrairement à ce qu’on pourrait penser, car « le secteur n’est pas fou : s’il est possible de remplacer des substances nocives par des produits inoffensifs, nous sommes preneurs ».
En ce qui concerne la circulation de certains produits reconnus comme nocifs, justement, il déclare que certains d’entre eux sont, d’après lui, irremplaçables. « Sans le benzène, par exemple, 80% de ce que nous voyons autour de nous ne pourrait pas exister : les pneus de voiture, la plupart des médicaments, etc. En d’autres termes, « il y a des risques acceptables pour l’homme, et des risques inacceptables. Avec REACH, on pourra déterminer ce qu’est un risque acceptable au niveau de l’environnement et de la santé. Il faut donc établir un seuil et nous laisser travailler si le taux d’exposition est suffisamment faible. Et puis, voici ce que je voudrais répondre à ceux qui fustigent les dégâts causés par les progrès technologiques sur l’environnement : il y a environ 100 ans, l’espérance de vie pour un homme était de 45 ans. Aujourd’hui, elle est de 80 ans. Alors, qu’on aime ou pas notre façon de vivre, il faut reconnaître que notre vie est plus facile, plus confortable que celle de nos ancêtres. Et malgré la pollution, on constate qu’en moyenne, nous vivons presque deux fois plus longtemps qu’eux. »
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