Mardi 7 mars 2006 2 07 /03 /Mars /2006 14:03

LES FUMEURS VONT DEVOIR ECRASER

À partir du 1er janvier 2007, il sera totalement interdit de fumer dans les établissements de l’Horeca. Qu’en pensent monsieur et madame Tout-le-Monde ?

     Depuis le 1er janvier dernier, il est interdit de fumer sur les lieux de travail. Du moins hors des zones réservées aux adeptes du tabac. Mais d’aucuns estimaient que ce n’était pas suffisant. C’est vrai : si vous êtes non-fumeurs, que vous mangez notre bon steak-frites national dans votre petit resto favori et qu’en plein milieu du repas vos voisins de table se mettent à en griller une… c’est assez gênant. Au 1er janvier 2007, il ne s’agira plus que de mauvais souvenirs. Ou de rêves d’un lointain bonheur…

     « Personnellement, j’accueille cette décision avec un grand soulagement. Les mélanges d’odeur entre le repas et la clope, c’est bientôt fini » s’écrie, tout enjoué, Mohamed. Et un autre passant de surenchérir : « Tant mieux, parce qu’après tout, si des gens veulent vraiment fumer, ils n’ont qu’à sortir cinq minutes ».

     En effet, pourquoi les uns devraient-ils supporter les manies des autres dans les lieux publics, à partir du moment où cela leur nuit ? « Vous savez, ça fait des années que ça dure et puis tout d’un coup, il y a comme une énorme prise de conscience qu’il faut que cela cesse. Pourquoi ? Peur du cancer ? Qu’on commence par abattre tous les bâtiments bourrés d’amiante », me dit Christophe, un fumeur de longue date. 

     Quoi qu’on en dise, il s’agit en tout cas d’une mesure visant à améliorer la santé des gens, même si elle ne plaît pas à tout le monde. Seule inconnue, et elle est de taille : les cafetiers vont-ils l’appliquer s’ils craignent de perdre une partie de leur clientèle ?

 

LE FRANCO-BELGE À LA MODE SERBO-CROATE

     Bruxelles. Il tombe des cordes, les passants défilent à toute allure dans les rues, le parapluie à la main. Un temps bien de chez nous. Ça fait dix minutes que je me hâte vers mon rendez-vous, mais je ne suis pas près d’arriver. Il faut que je m’abrite, le temps que cela se calme. Je dépasse le Manneken Pis, tourne à droite, et vois un café à la façade peu engageante. Vitres sales, enseigne en bois recouverte de peinture écaillée : le Franco-Belge. Tant pis, je pousse la porte.

     Juste derrière l’entrée, trois personnes qui jouent aux fléchettes. Elles répondent du bout des lèvres à mon bonjour, et je vais m’asseoir à une table, au fond de ce bar minuscule. A part elles, le Franco-belge est désert. Il y a une femme vêtue d’un tablier blanc qui a l’air d’être la serveuse, et deux hommes. L’un est grand, avec de longs cheveux noirs. « En plein dedans ! », s’exclame-t-il après avoir touché le centre de la cible. D’après son accent et son teint, il doit être d’origine étrangère. Serbo-croate, ou quelque chose comme ça. L’autre est sans doute un policier, à en croire sa tenue vestimentaire. Sur le bar se trouve une réplique du Manneken Pis, coiffée d’un chapeau de paille. Derrière, une radio, et un rockeur qui hurle à vous briser les tympans.

     Soudain, quelque chose d’autre attire mon attention : je respire à pleins poumons. De l’air frais, presque vivifiant. Il y a quelque chose d’étrange. Mais quoi ?... Bien sûr ! Pas d’odeur de cigarettes ! De nos jours, c’est plutôt rare dans les bistrots. Interloqué, je demande à la serveuse si elle a déjà pris des mesures pour appliquer la loi contre l’usage du tabac dans le secteur Horeca. « Non, pas du tout, d’ailleurs mon mari est fumeur », déclare-t-elle en le montrant du doigt. C’est « le Serbe ». Il me jette un regard méchant et me lance, agressif : « T’es journaliste ? » Je lui réponds pas l’affirmative et il enchaîne sur le même ton : « T’as pas besoin de refaire le monde. Si tu dois faire un article, t’écris ce qu’elle te dit et puis c’est tout ». Je m’étrangle presque dans mon coca. Que me veut-il ? Qu’ai-je fait ? Serait-il en train de perdre, malgré son dernier bon lancé ? S’il est marié à la serveuse, ce doit être le patron. Je vais faire attention à ce que je dis. Il est armé, après tout. Et son ami le représentant de l’ordre n’a pas l’air d’être dérangé par la véhémence de son compagnon de jeu. Un ripoux ? Si j’ose encore importuner son épouse, « le Serbe » va peut-être me tuer à coups de fléchettes. Il en a l’air capable, c’est sûr. Et son ami me mettrait dans le coffre de sa voiture pour me jeter dans l’eau du port de Bruxelles. Et… Je détourne le regard.

     Tchac ! Je suis brusquement sorti du flot de mes pensées paniquées par une autre de ses réflexions, un peu plus constructive celle-là. « Moi, je n’empêcherai jamais les gens de fumer ici, et puis c’es tout. » J’acquiesce, risque un sourire, et replonge les lèvres dans mon rafraîchissement. Vite, terminer mon verre et partir, sans demander mon reste. Avant qu’il ne soit trop tard. « Vous avez raison, après tout, ça ne gêne personne. »

     C’est sur ces bonnes paroles que je paie ma boisson, enfile ma veste, et m’échappe dans les rues bruxelloises. Détrempées, froides, grises. Mais sûres.

 

 

 

MADAME X – « MOI, JE SUIS CONTRE ! »

La patronne du Franco-belge s’oppose fermement à l’interdiction de fumer dans les établissements du secteur Horeca.

-         Interdire de fumer aux habitués de votre établissement : mission impossible ?

  Bah. Vous savez, moi, je suis non-fumeuse. Mais je suis quand même contre cette loi.

-         Parce que vous craignez de perdre des clients ?

Non. Parce que les fumeurs ne gênent personne.

-         Tout le monde n’est pas de votre avis.

Eh bien les gens qui pensent différemment n’ont qu’à éviter les fumeurs.

-         Ils n’ont donc pas le droit de boire un verre tranquillement, ailleurs que dans un nuage de fumée ?

Ecoutez. Le vrai problème n’est pas là. On n’a qu’à arrêter de faire des cigarettes alors !

-         Vous évitez la question.

En tout cas, moi, je n’empêcherai pas mes clients de fumer.

-         Et vous ne craignez pas les contrôles, si vous refusez d’appliquer la loi ?

Qui le saura ? C’est pas sûr qu’il y aura des contrôles, de toutes façons. Ca reste à voir.

-         Et s’il y en a ? Vous aviserez ?

Si des contrôleurs se présentent, je leur offrirai une clope et cela restera entre nous.

-         Vous pensez ?

Bah, au pire ça commencera par un avertissement, pas par une sanction directe. Donc, je dirai aux clients d’écraser leurs cigarettes. Et puis quand le contrôleur sera parti…

-         Tournée générale ?

Exactement ! (rires)

-         Je vois que vous jouez aux fléchettes. Ca ne vous gêne pas si tout le monde fume quand vous lancez ? Vous n’avez pas les yeux qui piquent, etc. ?

Non. De toute manière, je gagne tout le temps. (rires)

 

 

 

Dossier réalisé par Pierre MARCHAL

 

 

 

Par Pierre Marchal - Publié dans : Dossiers
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Mercredi 15 février 2006 3 15 /02 /Fév /2006 11:12

     "Ben oui!!! Ben quoi? C'est pas de ma faute si ce grand débile m'a choisie, MOI!! Arrêtez de rire, merde! La différence vous gêne? C'est ça? En plus, j'étais tout au fond de la maison! Bien cachée! Mais ça, bien sûr, il a fallu qu'il me choisisse, MOI! C'est toujours aux mêmes que ça arrive des trucs pareils. Ah-la-la! Mais oui, c'est ça, riez, riez! Vous verrez, vous aurez toutes votre tour de toutes façons! TOUTES! En même temps, je suis tranquille maintenant... MOI! Parce que vous, vous devez encore vivre dans l'anxiété! Dans l'attente qu'il revienne, là, avec ses gros doigts, et vous frotte la tête contre les murs de la maison, à l'extérieur! Vous allez prendre un sacré coup de chaleur, c'est moi qui vous le dit. Et on verra si vous ferez encore les malignes, après ça! Ceci dit, moi, j'estime avoir bien réagi… Je suis déjà remise d'ailleurs. Et si j'avais un petit doigt, il me dirait sans doute que vous ne vous en tirerez pas aussi bien!

 

Et puis tout compte fait, il ne me va pas mal, ce teint. Cette méthode est originale, bien moins chère que leurs foutues séances de banc solaire... et tellement plus efficace! Mais tout de même, c'est dommage qu'il faille perdre la tête pour bronzer comme ça."

 

Consigne: vous êtes une allumette calcinée de retour dans sa boîte. Que vont penser les autres allumettes en découvrant votre état? Quelle est votre réponse? Racontez!

 

 

Par Pierre Marchal - Publié dans : Divers
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Mercredi 15 février 2006 3 15 /02 /Fév /2006 09:15

Equilibre entre santé et productivité

 

REACH pourrait permettre d’identifier et d’éliminer petit à petit les substances les plus nocives. Au détriment de la santé économique de l’industrie chimique belge ?

 

     Entre 1930 et 2000, la production mondiale annuelle de produits chimiques est passée de 1 million à 400 millions de tonnes. Parmi ces produits, il y en a beaucoup qui ont apporté des avantages considérables à notre société, notamment en terme de progrès technologique. Malheureusement, d’autres mettent en danger l’homme et la vie sauvage, et nous manquons d’informations sur leurs effets à long terme. En effet, il n’y a que pour 14% des substances chimiques les plus souvent utilisées qu’il existe des données minimales publiquement disponibles suffisantes pour effectuer une évaluation de sécurité ! C’est pour remédier à cela qu’a vu le jour le projet de directive européenne REACH, en attente d’une deuxième lecture au Parlement européen. Son objectif : protéger la santé et l’environnement, tout en maintenant et en améliorant la position de l’industrie européenne. Le dossier REACH vise donc, à terme, à évaluer la nocivité de tous les produits chimiques existants et à les autoriser ou à les interdire sur le marché européen. Car il faut savoir que de nombreux produits sont en circulation aujourd’hui parce qu’on n’a pas pu prouver leur nocivité… ni leur non nocivité ! Et ils sont tout autour de nous, des pesticides aux cosmétiques, en passant par le benzène, que l’on retrouve entre autres dans les pneus de nos voitures.

     L’enjeu est aussi de passer d’un réseau complexe de nombreuses lois nationales différentes à un système régulateur cohérent (une agence centrale européenne) et d’éviter, par ce fait même, une sorte de trafic des substances chimiques.

     Mais si l’objectif de REACH est louable au niveau de la protection de l’homme et de l’environnement, les conséquences de cette loi pourraient bien être catastrophiques pour certaines entreprises belges et bruxelloises. Notre région compte de nombreuses PME spécialisées dans la vente de produits chimiques… mais qui n’en produisent pas ! Que se passera-t-il si l’on retire du marché les substances vendues par ces entreprises ? Un autre problème : les entreprises devront multiplier les tests pour déterminer si leurs produits sont nocifs, et s’ils s’avèrent dangereux, il faudra qu’elles les remplacent par des alternatives plus sûres. Toutes ces expériences, ces analyses, ces recherches, ont un coût très important mais difficile à chiffrer. Toutefois, certaines études réalisées font état de coûts, pour les acteurs économiques, s’élevant entre 2 et 7 milliards d’euros. Et la situation des entreprises belges risque de ne pas être des meilleures quand on sait que leurs coûts salariaux actuels par travailleur sont très élevés et que la Belgique occupe la deuxième position au classement des pays européens ayant l’imposition sur les salaires la plus lourde. Parmi les quelque 300 000 emplois que compte l’industrie chimique du royaume, il y en sans doute qui passeront à la trappe. Mais c’est peut-être la condition sine qua non pour qu’une catastrophe semblable à celle de l’amiante ne se reproduise plus jamais.

Marchal Pierre

Qu’est-ce que REACH ?

 

C’est l’acronyme pour Registration, Evaluation and Autorisation of Chemicals (enregistrement, évaluation et autorisation des produits chimiques) : il s’agit d’un projet de législation européenne pour le contrôle des produits chimiques.

Pour plus de renseignements sur les modalités pratiques d’enregistrement, d’évaluation et d’autorisation des produits chimiques, rendez-vous à l’adresse suivante : http://www.wwf.be/detox/fr/solution/reach.htm

 

Interview

 

     Le Dr. Erwin Annys est le conseiller du département « politique d’innovation et de produits » du Fedichem, la Fédération des Industries Chimiques de Belgique (www.fedichem.be). Il estime que REACH aura des conséquences pour l’industrie chimique belge et bruxelloise, comme dans toute l’Europe d’ailleurs, mais que les conséquences exactes sont difficiles à évaluer. « Un des problèmes majeurs, c’est la durée de l’autorisation des produits : ils seront réévalués tous les 5 ans et retirés du marché si l’on découvre qu’ils sont nocifs. Or une usine ne se construit pas pour une durée aussi courte ! » Il pense également que la situation sera différente d’une entreprise à l’autre, mais que celles qui travaillent sur un plus large éventail de produits avec un tonnage relativement faible « auront plus de problèmes pour amortir les coûts additionnels » que celles qui font l’inverse. M. Annys tient cependant à préciser que l’industrie chimique belge soutient REACH, contrairement à ce qu’on pourrait penser, car « le secteur n’est pas fou : s’il est possible de remplacer des substances nocives par des produits inoffensifs, nous sommes preneurs ».

 

     En ce qui concerne la circulation de certains produits reconnus comme nocifs, justement, il déclare que certains d’entre eux sont, d’après lui, irremplaçables. « Sans le benzène, par exemple, 80% de ce que nous voyons autour de nous ne pourrait pas exister : les pneus de voiture, la plupart des médicaments, etc. En d’autres termes, « il y a des risques acceptables pour l’homme, et des risques inacceptables. Avec REACH, on pourra déterminer ce qu’est un risque acceptable au niveau de l’environnement et de la santé. Il faut donc établir un seuil et nous laisser travailler si le taux d’exposition est suffisamment faible. Et puis, voici ce que je voudrais répondre à ceux qui fustigent les dégâts causés par les progrès technologiques sur l’environnement : il y a environ 100 ans, l’espérance de vie pour un homme était de 45 ans. Aujourd’hui, elle est de 80 ans. Alors, qu’on aime ou pas notre façon de vivre, il faut reconnaître que notre vie est plus facile, plus confortable que celle de nos ancêtres. Et malgré la pollution, on constate qu’en moyenne, nous vivons presque deux fois plus longtemps qu’eux. »

 

Par Pierre Marchal - Publié dans : L'Europe et nous
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